Association des Professionnels de l’Information

Peuples premiers des paradis perdus : les fantômes de l’ethnologie


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    Vendredi 28 août 2009 18h15, Centre Culturel Tjibaou - salle SISIA Conférence de Benoît de L’Estoile, Anthropologue, Chercheur au CNRS

    Le succès du musée du quai Branly, ouvert en juin 2006 à Paris, tient en partie à ce qu’il répond, par son architecture comme par son contenu, à la forme moderne de ce qu’on peut appeler le goût des Autres. Celui-ci s’enracine dans les mythes qui orientent notre regard sur les sociétés non-européennes, tel celui de « peuples premiers » entretenant avec la nature un rapport sacré. Forme moderne de la nostalgie pour un paradis perdu, ce mythe inverse les traits négatifs associés à la civilisation occidentale ; les « peuples premiers » apparaissent ainsi à la fois comme radicalement autres et comme représentant une part oubliée de nous-mêmes.

    Dans ce sillage, l’anthropologie s’est historiquement affirmée en tant que discours savant valorisant l’altérité et le caractère primitif des peuples non européens. Alors qu’elle en a dénoncé les versions les plus caricaturales, elle possède un rapport ambivalent avec ces mythes, qui ont largement nourri son succès auprès d’un vaste public.

    Ils ont souvent orienté le regard des ethnologues, les conduisant à sélectionner dans ce qu’ils voyaient les seuls éléments qui les confortaient, en oubliant tout ce qui relevait d’une histoire partagée. Une telle vision, enfermant les peuples non-européens dans le mythe, leur dénie la capacité d’être des acteurs de l’histoire.

    Un autre discours est-il possible dans le monde post-colonial qui est le nôtre ?

    Benoît de L’Estoile mène des enquêtes de terrain en anthropologie politique au Brésil. Il a analysé les liens complexes entre anthropologie et politique de la différence dans l’Afrique coloniale. Interrogeant la place contemporaine des héritages coloniaux, en particulier dans les musées, il a récemment publié Le goût des Autres. De l’exposition coloniale aux arts premiers, Flammarion, 2007.